Pour la sixième année consécutive, le Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) a adressé une série de plusieurs questions écrite aux quarante entreprises composant le CAC 40, dans le cadre de la préparation de leurs assemblées générales. Le FIR, qui détient une action dans chacune de ces sociétés, inscrit cette démarche dans une logique d’engagement actionnarial actif, visant à influencer les pratiques de gouvernance et de responsabilité sociale sur le long terme.

La campagne 2025 a mobilisé 33 analystes au sein du Comité Engagement du FIR, réunissant 35 investisseurs institutionnels représentant 7 076 milliards d’euros d’actifs sous gestion.

Les questions sélectionnées n’ont pas vocation à couvrir l’ensemble des enjeux RSE. Elles ciblent en revanche des points de tension jugés déterminants par les investisseurs : ceux qui conditionnent la capacité des entreprises à construire des modèles économiques résilients, compatibles avec les attentes des parties prenantes et les exigences croissantes de transparence.

À travers ces questions, ce sont moins les engagements affichés qui sont évalués que la capacité des entreprises à piloter, arbitrer et gouverner leurs trajectoires extra-financières.

1. Sobriété : l’entreprise sait-elle arbitrer quand la croissance entre en tension avec les ressources ?

Les investisseurs cherchent à comprendre comment les directions intègrent la contrainte des ressources dans leurs décisions d’investissement, de production et de développement.

Dans sa campagne 2025, le FIR observe que si la majorité des entreprises mentionnent des démarches d’efficacité énergétique ou de réduction d’intensité, elles parlent principalement d’efficacité relative (par unité produite ou par chiffre d’affaires), mais rarement de trajectoires absolues de réduction des ressources consommées. Cependant, une baisse d’intensité ne garantit pas une baisse réelle des impacts si les volumes augmentent.

Les réponses les mieux notées sont celles qui :

  • articulent sobriété et allocation du capital
  • expliquent les renoncements ou arbitrages opérés
  • relient les objectifs de sobriété aux scénarios financiers de moyen terme

Pour les investisseurs, la sobriété devient un indicateur RSE de discipline stratégique. Elle révèle de la capacité d’une entreprise à anticiper les tensions futures sur les ressources, l’énergie ou les matières premières.

2. Chaîne de valeur : l’entreprise maîtrise-t-elle ses risques sociaux là où se crée réellement la valeur ?

La question du niveau de vie décent dans la chaîne de valeur ne renvoie pas à une préoccupation morale abstraite. Elle traduit une attente très opérationnelle des investisseurs : identifier où se situent les risques sociaux susceptibles de fragiliser le modèle économique.

Le rapport du FIR met en évidence une maturité encore inégale sur ce sujet. Les scores associés à cette question figurent parmi les plus faibles de la campagne 2025, notamment lorsque les entreprises sont interrogées sur :

  • la couverture réelle de leurs chaînes d’approvisionnement
  • l’existence d’indicateurs comparables
  • la capacité à mesurer les impacts au-delà des fournisseurs de rang 1

Pour les investisseurs, l’enjeu n’est pas de couvrir l’ensemble de la chaîne mais de comprendre :

  • quelles zones sont prioritaires,
  • quelles méthodologies sont retenues,
  • quels plans de progression sont engagés.

Les réponses les plus crédibles sont celles qui reconnaissent les limites actuelles tout en démontrant une capacité de pilotage. À l’inverse, les discours trop généraux sont perçus comme des signaux de risque non maîtrisé.

3. Gouvernance ESG : le conseil d’administration est-il en capacité de décider, pas seulement de superviser ?

Sur le volet gouvernance, la question posée par le FIR révèle une attente de plus en plus explicite : les investisseurs ne veulent plus seulement savoir si le conseil “suit” les enjeux RSE, mais s’il est capable de trancher.

Le rapport 2025 montre que la majorité des entreprises du CAC 40 déclarent disposer de compétences ESG au sein de leur conseil d’administration. En revanche, les réponses deviennent beaucoup plus hétérogènes dès lors qu’il s’agit de préciser :

  • la nature de ces compétences
  • leur mise à jour
  • leur rôle effectif dans les décisions structurantes

Pour les investisseurs, la gouvernance RSE devient un test de crédibilité de la stratégie. Un conseil insuffisamment outillé est perçu comme un facteur de fragilité face à des arbitrages complexes : transition climatique, relocalisation, désinvestissements, repositionnement d’activités, risques réglementaires.

4. Intelligence artificielle : l’entreprise anticipe-t-elle les risques systémiques liés aux technologies qu’elle déploie ?

L’introduction d’une question spécifique sur l’intelligence artificielle constitue l’un des enseignements majeurs de la campagne 2025. Elle traduit une évolution claire du périmètre RSE tel que le perçoivent les investisseurs.

Le FIR souligne que les réponses restent globalement en retrait sur ce sujet. Peu d’entreprises disposent aujourd’hui d’un cadre de gouvernance IA formalisé, encore moins de mécanismes de supervision clairement documentés.

Pour les investisseurs, l’IA n’est pas abordée sous l’angle de l’innovation, mais sous celui :

  • des risques réputationnels
  • de la conformité future
  • de la soutenabilité sociale des modèles

Les entreprises capables d’expliquer comment l’IA est gouvernée, intégrée dans la gestion des risques et reliée à la stratégie globale envoient un signal fort de maturité.

Piloter et structurer pour mieux convaincre

Pour les directions de la communication financière, actionnariale et investisseurs, l’enjeu n’est plus de convaincre, mais de rendre lisible une capacité de pilotage. C’est à ce niveau que se joue aujourd’hui la crédibilité des engagements RSE auprès des marchés.

Sobriété, chaîne de valeur, gouvernance ESG, intelligence artificielle… Ces sujets exigent aujourd’hui des réponses structurées, argumentées et cohérentes, capables de résister à une lecture analytique d’investisseurs institutionnels engagés.

C’est précisément sur ce terrain que se situe l’accompagnement de The Editorialist. Nous sommes aux côtés des directions de la communication financière, actionnariale et investisseurs dans la structuration de récits extra-financiers crédibles et alignés avec les attentes des marchés.

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