Le rapport Journalism, Media and Technology Trends & Predictions 2026, publié par le Reuters Institute for the Study of Journalism, met en lumière une transformation profonde des usages de l’information.
La production de contenus s’accélère, les points d’accès se multiplient et les formats évoluent rapidement. Un constat s’impose : la visibilité ne suffit plus à garantir la crédibilité ni l’influence.
Pour les entreprises, ces évolutions impactent directement la manière dont leurs prises de parole sont perçues. Plusieurs tendances structurantes se dégagent, et elles font écho à ce que The Editorialist observe déjà sur le terrain.
Contactez un expert éditorialUne information plus abondante, mais plus difficile à rendre crédible
L’automatisation transforme en profondeur la production de contenus. L’IA facilite la rédaction, la reformulation et la synthèse, ce qui augmente mécaniquement les volumes disponibles. Cette accélération s’accompagne d’une standardisation des formats et des traitements. Les contenus reposent souvent sur les mêmes sources, les mêmes angles et les mêmes structures.
Pour les audiences, cette abondance crée une forme de fatigue informationnelle. En France, 47 % des publics déclarent ressentir régulièrement de la lassitude ou du rejet face à l’actualité (Verian, 2026). Identifier ce qui est fiable, ou réellement éclairant devient plus complexe.
Le rapport souligne, une attente accrue autour de l’exactitude, et de la vérification. Dans ce contexte, la rigueur éditoriale n’est plus un atout différenciant : c’est le prix d’entrée. Les entreprises qui produisent des contenus sont jugées selon les mêmes standards. Un chiffre le confirme : plus de 56 % des décideurs déclarent privilégier les contenus à forte valeur ajoutée — études propriétaires, rapports sectoriels, analyses documentées — pour éclairer leurs décisions.
La diffusion échappe aux émetteurs traditionnels
Le rapport confirme un mouvement engagé depuis plusieurs années : l’accès direct aux audiences recule. En cause, les plateformes, les systèmes de recommandation et les IA conversationnelles qui jouent ajourd’hui un rôle croissant dans la circulation de l’information.
Les chiffres sont sans appel : le trafic en provenance des moteurs de recherche traditionnels devrait reculer de 43 % selon les médias interrogés. Les dernières préoccupations concernent l’émergence des AI Overviews de Google, qui génèrent aujourd’hui des réponses synthétiques sans rediriger vers les sites sources. Plusieurs études montrent que la proportion de « recherches sans clic » (lorsque l’utilisateur ne clique sur aucun site web) augmentent considérablement lorsque ces aperçus sont affichés. Les contenus circulent, mais sans que leur émetteur ne soit consulté directement. »
À cela s’ajoute la montée du dark social. Le rapport le souligne : “les réseaux sociaux traditionnels comme Facebook et Instagram traversent une crise d’identité persistante, le partage ouvert et les échanges informels étant de moins en moins populaires. » Une part croissante des contenus circule via des messageries privées, des emails ou des partages non traçables. L’influence devient plus diffuse, moins mesurable, mais pas moins réelle. Les indicateurs classiques de performance ne suffisent plus à rendre compte de l’impact d’un contenu.
Face à cette instabilité, l’enjeu pour les entreprises est de renforcer les canaux propriétaires — newsletter, site corporate, hub de contenus — qui permettent de sécuriser la relation et de reprendre la main sur la diffusion des messages. Les entreprises, doivent investir dans des supports qu’elles contrôlent et reconstruire des points de contact durables avec leurs audiences.

Formats, créateurs et vidéo redessinent les codes de l’information
La vidéo s’impose comme un format privilégié pour s’informer, en particulier auprès des publics les plus jeunes. Les formats courts, explicatifs et incarnés facilitent la compréhension et favorisent l’attention.
Dans le même temps, les créateurs prennent une place croissante comme prescripteurs. Ils deviennent des points d’entrée vers l’information, des relais de confiance ou, au contraire, de défiance. Leur succès repose sur des codes spécifiques : incarnation, pédagogie et proximité.
Pour les entreprises, ces évolutions déplacent les attentes : les prises de parole descendantes et désincarnées sont moins efficaces. Les audiences attendent des voix identifiables, un angle éditorial assumé, une pédagogie maîtrisée. C’est ce qui explique pourquoi 58 % des CEO et C-levels considèrent qu’une entreprise doit produire des contenus de leadership pour être perçue comme crédible.
« L’essor des créateurs de contenu nous a incités à repenser la notion de voix, d’authenticité et de lien direct avec le public »,
explique Maria Lorente Estrada, chef du bureau de l’AFP en Amérique latine.
La distinctivité éditoriale devient un levier stratégique
L’un des enseignements majeurs du rapport concerne la perte de valeur du contenu générique. Ils n’apportent plus de repères différenciants aux audiences.
À l’inverse, les contenus d’analyse, de mise en perspective et d’expertise gagnent en valeur. Angle clair, point de vue assumé, hiérarchisation des sujets et cohérence éditoriale deviennent des marqueurs de crédibilité. Les audiences — en particulier les décideurs — attendent des contenus capables d’éclairer des enjeux complexes et de structurer leur compréhension.
L’éditorial ne relève plus d’un simple accompagnement de la communication. Il devient un outil de positionnement, un moyen d’affirmer ce qu’une organisation comprend de son secteur et la manière dont elle choisit de le raconter.
Le rapport Trends & Predictions 2026 confirme des transformations déjà à l’œuvre. La production de contenus s’intensifie, la diffusion se fragmente et les formats évoluent rapidement.
Chez The Editorialist, ces constats rejoignent une conviction forte : l’éditorial s’impose comme un levier stratégique pour les entreprises. Produire moins, mais produire mieux. Construire des récits structurés et pensés pour des audiences exigeantes. Assumer des choix éditoriaux précis pour créer de la confiance dans la durée.