À la croisée du reporting financier, du récit d’entreprise et de la communication ESG, le rapport intégré occupe aujourd’hui une place singulière dans les dispositifs éditoriaux des grandes entreprises. Longtemps centré sur la restitution de l’information, il évolue vers un format plus stratégique, plus narratif et plus digital, pensé pour répondre aux attentes d’audiences toujours plus diverses.
Le rapport intégré change de statut
Le rapport annuel occupait une place relativement stable dans l’écosystème éditorial des grandes entreprises. Document de référence, il avait pour mission principale de rendre compte de la performance de l’organisation, de sa gouvernance et, souvent, de ses engagements RSE.
Mais depuis quelques années, plusieurs transformations rebattent les cartes. L’entrée en vigueur de nouvelles exigences réglementaires, l’intégration progressive des enjeux ESG dans les modèles d’affaires, l’évolution des attentes des investisseurs et l’essor des usages numériques poussent les entreprises à repenser leurs publications annuelles.
Cette évolution est particulièrement perceptible au sein du SBF 120. Alors que le Document d’Enregistrement Universel (DEU) s’étoffe sous l’effet des nouvelles exigences réglementaires et de reporting, le rapport annuel évolue progressivement vers le rapport intégré. Il s’affirme désormais comme un objet éditorial à part entière, capable de mettre en récit la stratégie de l’entreprise, de valoriser ses engagements extra-financiers de manière concrète et de multiplier les points de contact avec les différentes parties prenantes.
Le mouvement est déjà largement engagé. En 2025, 31 % des entreprises du SBF 120 publient un Rapport Annuel Intégré, soit une progression de 11 points en un an. Un signe que ce format s’impose progressivement comme le trait d’union entre performance financière et extra-financière.
D’un document de reporting à un outil de narration stratégique
L’une des évolutions les plus marquantes concerne la place croissante accordée au récit.
Historiquement, les rapports annuels reposaient sur une architecture standardisée : présentation de l’entreprise, gouvernance, chiffres clés, résultats financiers et engagements RSE. Une logique d’information davantage que de démonstration.
Aujourd’hui, certaines entreprises utilisent leur rapport intégré pour construire un véritable récit stratégique.
Veolia en est l’un des exemples les plus aboutis. Son rapport intégré 2024-2025 est structuré autour d’un concept central : la « sécurité écologique ». Loin d’un simple enchaînement de données, le groupe choisit de problématiser ses activités et de les présenter sous l’angle des défis auxquels ses clients et les territoires sont confrontés, puis des solutions qu’il apporte.
Cette logique de narration se retrouve également chez L’Oréal. Le groupe articule son rapport annuel, son mini-site dédié et ses contenus digitaux autour d’un même récit, avec une forte cohérence entre les différents formats. L’objectif n’est plus seulement de restituer une information, mais de rendre la stratégie plus lisible et plus accessible à l’ensemble des parties prenantes.
Le rapport intégré ne sert plus uniquement à présenter l’entreprise. Il permet aussi de mieux comprendre sa stratégie et ses priorités.

La montée en puissance des formats courts
Le rapport intégré traditionnel, souvent compris entre 60 et 100 pages, reste majoritaire dans le CAC 40. Pourtant, les formats courts gagnent du terrain dans l’ensemble du SBF 120.
22 % des entreprises publient désormais un format « essentiel » de moins de 20 pages et 23 % un rapport de moins de 40 pages.
Air France-KLM illustre cette tendance avec une introduction de 30 pages au DEU qui concentre les éléments jugés les plus structurants : activité, stratégie, faits marquants et cas concrets.
Même logique chez Nexity, qui choisit un format de seulement 16 pages mêlant manifeste, stratégie, gouvernance et réalisations de l’année.

Cette évolution ne traduit pas une simplification du contenu mais un changement de philosophie. L’objectif n’est plus d’être exhaustif. Il est de permettre au lecteur d’identifier rapidement les enjeux clés et de comprendre la trajectoire de l’entreprise.
La RSE s’intègre à tous les niveaux de la stratégie d’entreprise
L’autre grande transformation concerne la place de la RSE. Pendant longtemps, les entreprises publiaient des rapports dédiés aux sujets environnementaux et sociaux, souvent distincts des publications financières.
Cette logique tend à s’effacer progressivement. Les Sustainability Reports reculent fortement tandis que les formats intégrés progressent. Le rapport annuel intégré devient le support privilégié pour articuler performance économique et extra-financière.
Notre benchmark “SBF120 – qui fait quoi ?” montre que l’approche intégrée représente désormais 41 % des pratiques observées.

L’exemple de Michelin illustre bien cette évolution. Les enjeux ESG ne sont plus traités comme un sujet autonome mais intégrés à la stratégie, à la gouvernance et au modèle de création de valeur. Le rapport intégré devient ainsi le lieu où se construit une vision globale de la performance.
Du document PDF à la plateforme éditoriale digitale
L’évolution du rapport intégré ne concerne pas uniquement son contenu. Elle touche également son mode de diffusion.
Pendant longtemps, le PDF constituait le format de référence. Or les usages ont changé. Les parties prenantes recherchent une information plus accessible et consultable sur différents supports.
Les entreprises les plus avancées répondent à cette évolution en développant des dispositifs hybrides qui associent rapport print, contenus web et expériences digitales.
L’Oréal propose ainsi un mini-site qui prolonge le rapport annuel grâce à des vidéos, des interviews longues, des contenus complémentaires et des FAQ dédiées.
Crédit Agricole pousse la logique encore plus loin. Le site devient la source principale de contenu et le PDF apparaît comme une déclinaison du dispositif digital.

Veolia adopte quant à lui une approche intermédiaire avec une landing page dédiée qui reprend les grands chapitres du rapport et facilite l’accès aux contenus. Le groupe y ajoute également un chatbot conversationnel permettant d’interroger directement ses documents de référence.

Cette transformation reste encore émergente. 72 % des entreprises du SBF 120 se contentent d’un simple PDF à télécharger et seuls 9 % disposent aujourd’hui d’un véritable mini-site dédié.
Pourtant, ces espaces répondent à un enjeu de plus en plus stratégique : la visibilité. Les contenus HTML, les FAQ, les interviews retranscrites ou les pages structurées sont plus facilement interprétés par les moteurs de recherche et les IA génératives que les PDF traditionnels.
Le rapport intégré devient ainsi non seulement un outil d’information mais aussi un actif de référencement naturel.
Le rapport intégré 2026 : ce qu’il faut retenir
Les pratiques observées au sein du SBF 120 montrent que le rapport intégré entre dans une nouvelle phase de maturité.
Son évolution repose sur quatre grandes tendances :
- Des formats plus courts ;
- Une approche plus intégrée ;
- Une dimension éditoriale renforcée ;
- Une digitalisation croissante des contenus.
Au fond, la question n’est plus seulement celle du reporting. Elle est celle de la capacité des entreprises à rendre leur stratégie compréhensible dans un environnement informationnel de plus en plus dense. C’est précisément là que le rapport intégré trouve aujourd’hui sa nouvelle fonction.
Contactez nos experts éditoriaux