Le rapport Employee Communications Report 2026 de Gallagher, qui s’appuie sur les réponses de plus de 1 300 professionnels de la communication et des RH issus de 40 pays, offre un état des lieux précis. Il met en lumière un décalage persistant entre les ambitions affichées et la réalité opérationnelle : des équipes qui veulent peser sur la stratégie, mais qui restent trop souvent cantonnées à la diffusion.
Au-delà des chiffres, c’est une question de fond qui se pose : comment organiser la communication interne pour qu’elle produise de l’effet, et pas seulement du volume ?
Une fonction stratégique encore traitée comme un support
La reconnaissance de la communication interne progresse. Les directions affirment de plus en plus son importance, notamment dans les contextes de transformation. Mais entre la déclaration d’intention et l’intégration réelle aux décisions, le fossé reste large.
Selon le rapport Gallagher, 73 % des communicants internes souhaitent opérer comme des conseillers stratégiques au sein de leur organisation. Pourtant, seuls 18 % déclarent le faire régulièrement. Par ailleurs, 49 % des répondants indiquent que leur fonction principale consiste à diffuser des annonces, et 1 communicant sur 5 se perçoit avant tout comme un service réactif.
Ce positionnement de « support à la demande » a des conséquences directes : la communication est activée trop tard dans les processus de décision, en bout de chaîne, au moment de l’annonce plutôt qu’en amont de la réflexion. Elle perd ainsi la capacité d’orienter les messages et d’anticiper les réactions.
Le rapport indique que les équipes disposant d’une stratégie de communication interne clairement formalisée et partagée sont quatre fois plus susceptibles d’opérer en véritable rôle consultatif que celles dont la mission reste floue ou informelle.
L’engagement reste le point de friction
Capter l’attention des collaborateurs est devenu l’un des défis centraux de la fonction. Non pas parce que les sujets manquent d’importance, mais parce que le flux de messages s’est intensifié au point de provoquer l’effet inverse que celui recherché.
83 % des répondants au rapport Gallagher considèrent que la surcharge informationnelle est un problème croissant pour les collaborateurs. Lorsque chaque message est traité avec le même niveau d’urgence, les collaborateurs finissent par ne plus en lire aucun avec attention.
Les données montrent que quand le volume de communication est élevé, le risque de burn-out augmente de 24 % et celui d’une érosion de la confiance envers le management grimpe de 30 %. Augmenter le nombre d’envois n’est donc pas une solution — c’est souvent une aggravation du problème.
De plus le travail hybride redistribue les conditions de réception : les collaborateurs accèdent aux informations à des moments et depuis des espaces différents. Une architecture de communication qui n’a pas été pensée pour ça montre vite ses limites.
Trop de canaux, pas assez de structure
À mesure que les outils de communication interne se sont développés les organisations ont gagné en réactivité. Mais elles ont souvent perdu en lisibilité.
Intranet, newsletter, messagerie instantanée, application mobile, affichage terrain, réunion d’équipe… La plupart des organisations ont multiplié les outils sans jamais vraiment décider à quoi chacun servait.
Ce qui produit comme résultats :
- Des collaborateurs qui ne savent plus où chercher une information fiable
- Des émetteurs qui diffusent sur tous les canaux pour être sûrs d’être lus, alimentant la surcharge
- Urgences et informations secondaires qui arrivent par les mêmes tuyaux, au même rythme
- Des équipes terrain, souvent peu connectées, qui décrochent les premières
La prolifération des canaux est régulièrement citée comme un irritant majeur par les équipes de communication interne. Quand tout peut être dit partout, plus rien n’a de place définie. Lisa Claybon, Vice-présidente du group Compass déclare :
« On se lasse quand la communication n’est pas intentionnelle. Quand les gens ne comprennent pas pourquoi ils reçoivent un message, à qui il est destiné ou ce qu’ils sont censés en faire, c’est là qu’ils décrochent. »
Ce que révèle cette situation n’est pas un problème technologique, mais éditorial : l’absence de hiérarchie entre les prises de parole. Les messages se diluent. Les collaborateurs ne savent plus où chercher l’information qui les concerne, ni comment distinguer ce qui est urgent de ce qui est secondaire.
Les managers, relais essentiels mais peu outillés
Le manager de proximité est reconnu, dans tous les travaux récents sur la communication interne, comme le relais le plus crédible et impactant pour faire passer un message. Plus efficace que n’importe quel outil : c’est lui que les collaborateurs écoutent, parce qu’il connaît leur réalité quotidienne et peut contextualiser les informations.
Le rapport Gallagher 2025 soulignait déjà que la communication insuffisante des managers figure parmi les cinq principaux freins à l’efficacité de la communication interne, et qu’un répondant sur trois identifiait le coaching en communication des managers comme une priorité.
Ce constat se confirme en 2026. Mais identifier le problème ne suffit pas : les managers manquent de temps, de cadre et de matière pour jouer ce rôle. Leur prise de parole reste inégale selon les équipes, les cultures managériales et les contextes. Leur fournir des supports — guides de conversation, FAQ, éléments de langage adaptés — est un levier concret pour réduire cette dispersion et renforcer la cohérence des messages sur le terrain.
Une communication encore peu pilotée par les données
La mesure de l’impact est l’un des chantiers les moins avancés de la fonction. Les équipes mesurent — mais rarement ce qui compte vraiment pour les directions.
Selon le rapport, 70 % des équipes de communication interne mesurent principalement des indicateurs de production : pages vues, taux de clics. Seuls 16 % mesurent des résultats comme le sentiment des collaborateurs, et 12 % seulement font le lien entre leurs actions et les enjeux business.
L’IA pourrait, faire évoluer ces pratiques. Les équipes communication font partie des premières à s’en être emparées, notamment pour accélérer la production et optimiser la diffusion. Mais les usages restent encore largement exploratoires : 63 % des équipes sont toujours en phase d’expérimentation ou au stade des discussions.
Analyser l’engagement, personnaliser à l’échelle, anticiper les risques de communication : ces leviers existent. Mais ils supposent d’avoir défini en amont ce que l’on cherche à mesurer. Sans cela, on optimise des indicateurs sans impact réel.
Ce que cela implique pour les entreprises
Les enseignements du rapport Gallagher 2026 dessinent une direction claire. Voici les cinq leviers sur lesquels les organisations ont intérêt à travailler en priorité :
- Traiter la communication interne comme une fonction de pilotage, et non de simple diffusion. Cela suppose une intégration en amont des décisions, une capacité à orienter les messages plutôt qu’à les transmettre, et des indicateurs connectés aux enjeux de l’entreprise.
- Clarifier les rôles entre communication, RH et management. Qui parle de quoi, par quel canal, à quel moment ? L’absence de réponse génère des redondances, des silences et des incohérences qui affectent la crédibilité de l’ensemble.
- Réduire le nombre de canaux. Ce n’est pas la richesse des outils qui produit de l’engagement, c’est la clarté de l’architecture éditoriale. Moins de canaux, mieux définis, avec des usages distincts.
- Penser les prises de parole comme des expériences, et non comme une succession de messages. Un contenu bien construit, délivré au bon moment, par le bon canal et le bon émetteur, vaut mieux que dix communications génériques.
- Relier communication interne et performance. Engagement, rétention, alignement stratégique : ces indicateurs existent. Les utiliser, c’est ce qui permet à la fonction de sortir du registre du « support » pour peser réellement dans les arbitrages.
Ce que le rapport Gallagher 2026 confirme, c’est que la communication interne a les moyens de peser davantage — mais que cela suppose de changer de posture. Moins de diffusion, plus de structuration. Moins d’outils, plus de cohérence. Et des indicateurs qui racontent autre chose que le volume produit.
Chez The Editorialist, nous accompagnons les organisations dans cette structuration : clarifier les messages, hiérarchiser les canaux, construire des dispositifs éditoriaux qui engagent dans la durée — et faire émerger des prises de parole de dirigeants en interne, capables d’incarner les enjeux et d’aligner les équipes.
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