Comment est née l’idée de Parlons Épargne ? 

Lisa Paquereau : Tout d’abord, il faut savoir qu’Ofi Invest Asset Management est né de la fusion de deux entités : Ofi Asset Management, société de gestion de la Macif, et Abeille Asset Management, ancienne société de gestion d’Abeille Assurances. Cette fusion, finalisée en 2022, s’est construite en neuf mois à peine, un délai qui nous a poussés à aller vite sur la création de la marque. 

Avec le temps, un constat s’est imposé : nous servons trois grandes typologies de clients aux besoins radicalement différents. Les investisseurs institutionnels d’abord : directeurs financiers, directeurs d’investissement de caisses de retraite ou de mutuelles, qui attendent une communication technique et pointue. Les distributeurs ensuite : conseillers financiers issus de réseaux bancaires, assurantiels ou indépendants, qui présentent une hétérogénéité de connaissances financières très marquée. Enfin, à travers nos réseaux partenaires, nous nous adressons indirectement aux épargnants particuliers, qui ont besoin d’une approche très pédagogique. 

Deuxième constat : les mêmes canaux de communication servaient l’ensemble de ces publics, à savoir un compte LinkedIn et un site internet. 

Nous avons d’abord envisagé de créer une nouvelle marque orientée retail, mais ajouter une marque supplémentaire à un groupe déjà complexe risquait de brouiller les messages. Nous avons plutôt décidé de construire un canal dédié aux distributeurs, pour partager notre expertise et les faire monter en compétences et en confiance. 

Quelles ambitions portiez-vous pour cette nouvelle plateforme ?

L.P. : Notre conviction de départ est simple : bien accompagner nos distributeurs, c’est leur donner les clés pour comprendre ce qu’ils vendent. Un conseiller qui comprend son produit le vend avec justesse à son client, un cercle vertueux qui profite autant à l’épargnant final qu’au conseiller, liés dans ces conditions par une véritable relation de confiance.  Je ne voulais surtout pas reproduire ce que font déjà les autres sociétés de gestion, à savoir des modules de formation classiques. L’idée que j’avais, c’est celle d’un grand quiz de culture financière, à la façon d’un jeu de plateau, avec des catégories sur la géographie, les instruments financiers, la culture générale ou les chiffres clés. Autrement dit, nous voulions proposer des contenus accessibles et ludiques, des snack contents qui intéressent, divertissent et instruisent. 

Comment le projet s’est-il construit ?

L.P. : Nous avons passé six à huit mois à poser les fondations : définir l’identité visuelle, imaginer des formats, tester des concepts. Une grande partie de ce travail s’est faite en interne, mais nous avions besoin d’un partenaire éditorial pour les formats les plus ambitieux, comme la vidéo : c’est là qu’est intervenu The Editorialist. Au fil de nombreux allers-retours, jusqu’à trouver le ton juste.

Un concept s’est vite imposé : nos distributeurs ont besoin d’histoires vraies, d’histoires d’entrepreneurs ou d’entreprises afin de donner du sens à leurs conseils. Une contrainte s’est ajoutée : ne jamais évoquer d’entreprises présentes dans nos portefeuilles, pour éviter toute perception d’orientation des marchés. Cette exigence a donné naissance à Stock Story, un format qui retrace le parcours d’entreprises que nous n’avons pas en portefeuille : leur histoire, les décisions marquantes, les crises traversées ou les réussites, pour en tirer des enseignements et diffuser des connaissances utiles à nos conseillers. 

Nos Futurs répond à une autre intention : dresser un panorama des grandes tendances sectorielles à venir, dans l’énergie, les infrastructures, la santé ou les métaux, pour aider nos distributeurs à mieux cerner les enjeux de développement durable et les opportunités qu’ils recèlent. 

D’autres rendez-vous sont venus enrichir le hub : 60 secondes éco pour l’essentiel de l’actualité économique en une minute, Culture Invest pour approfondir l’histoire et les mécanismes financiers, ou encore Paroles d’experts et Regards croisés pour croiser les points de vue. 

L’ensemble de ces contenus a rejoint une plateforme unique : parlonsepargne.fr. 

Si vous deviez résumer Parlons Épargne en une phrase ?

L.P. : Le hub de culture financière pour les professionnels de l’épargne. Un hub, parce que la plateforme rassemble des contenus avec différents niveaux d’expertise et sous différents formats. De culture financière, parce qu’il s’agit autant de technique, que de savoir, d’éléments de contexte. Et pour les pros de l’épargne, parce que mieux les éclairer, c’est leur permettre de mieux vendre, et donc de contribuer, à leur échelle, à une finance plus responsable.

Pourquoi avoir choisi plusieurs formats plutôt qu’une série éditoriale unique ? 

L.P. : Nos cibles consomment les contenus éditoriaux de différentes manières : certains préfèrent lire, d’autres écouter, d’autres encore regarder. Diversifier les formats, entre carrousels, vidéos et podcasts, nous permet de répondre à ces différents modes de consommation. L’exigence de fond, elle, reste la même, quel que soit le format : la rigueur éditoriale, la véracité de l’information, ou encore, l’expertise financière.

Nous avons aussi cherché à sortir des sentiers battus, à l’image de ces deux exemples éloquents. Un carrousel publié le jour d’Halloween autour d’Elizabeth « Betty » Green, surnommée la sorcière de Wall Street : en interne, beaucoup redoutaient un ton trop décalé pour notre secteur, mais ce contenu a pourtant réalisé l’une de nos meilleures performances en termes d’engagement. 

Quant au podcast que j’anime avec des gérants d’actifs, « Dans la tête d’un gérant », il donne à voir l’humain derrière la fonction : la gestion du stress, la prise de décision quand des millions sont en jeu… Un format incarné et intimiste qui n’existait pas dans notre secteur et qui a reçu des retours très positifs. 

Quel a été le plus grand défi dans la création de Parlons Épargne ? 

L.P. : Tout d’abord, convaincre en interne. Cela a demandé du temps. J’ai présenté le projet devant le comité de direction, le comité exécutif, le conseil d’administration. La difficulté : leur faire imaginer un concept encore abstrait.

Un autre défi a résidé dans le changement de posture qu’implique un format novateur. Amener nos dirigeants à accepter un ton plus créatif, parfois inattendu pour notre secteur, a demandé de la conviction et des preuves. Mais les résultats des premiers contenus ont rapidement levé ces réticences ! 

Enfin, au long cours, je me méfie de l’angoisse de la page blanche. Depuis le début, je tiens à avoir toujours trois à quatre mois de productions en avance : une condition nécessaire pour tenir le rythme sur la durée. 

Comment analysez-vous la performance des contenus ? 

L.P. : Aujourd’hui, la première chose que nous regardons, ce n’est pas uniquement le nombre d’abonnés, mais leur qualité. Près de 80 % de nos abonnés LinkedIn appartiennent précisément à notre cible : des conseillers financiers, des conseillers en gestion de patrimoine, des agents d’assurance. C’était l’indicateur le plus important pour nous, car il aurait été facile d’accumuler des abonnés sans intérêt réel pour le sujet. 

En quelques mois, nous avons atteint près de 3 000 abonnés, et notre objectif de gagner 1 000 nouveaux abonnés sur l’année a été atteint en six mois, dès l’été, avec une croissance essentiellement organique. Côté site, il est encore trop tôt pour tirer des enseignements précis, la plateforme est trop récente. Nous commençons juste à regarder quels contenus sont les plus consultés. En parallèle, nos équipes commerciales, sur le terrain, nous remontent au fil de leurs échanges avec les conseillers, quels sujets suscitent le plus de réactions. 

En juin 2026, Parlons Épargne a reçu la Coupole de l’Audace – Education financière, catégorie Multigérants, décernée par l’Agefi, qui distingue chaque année les meilleures pratiques et initiatives parmi les spécialistes de la sélection de gérants et de la distribution de fonds. Que représente cette reconnaissance pour vous ? 

L.P. : Cette reconnaissance externe vient valider un travail que l’équipe a mené avec beaucoup d’engagement pendant plusieurs mois. Venant d’un média spécialisé de référence, cette récompense légitime nos efforts et permet aussi, en interne, de donner la mesure du chemin parcouru.

Comment envisagez-vous l’avenir de Parlons Épargne ? 

L.P. : Nos priorités s’articulent aujourd’hui autour de deux axes. D’un côté, renforcer la visibilité de la plateforme auprès d’un public plus large, notamment au-delà de LinkedIn et hors des grandes métropoles. Nous misons sur des campagnes pour faire connaître directement la plateforme parlonsepargne.fr, en plus de nos chaînes Spotify et YouTube.

De l’autre, développer notre volet formation, avec des modules dédiés à l’initiation à la finance, à l’ESG ou à l’allocation d’actifs, du niveau débutant à expert. Nous nous sommes associés à un organisme accrédité, ce qui permettra à ces modules de compter dans les heures de formation continue que les conseillers doivent justifier pour garder leur accréditation à la vente. 

Nous réfléchissons également, avec la Macif, à un nouveau sujet fort : la prévention au prisme du genre. L’objectif : lutter contre les stéréotypes pour mieux accompagner les conseillers financiers dans leur approche des clientes et clients. 

Sur le plan de l’organisation, une équipe pleinement dédiée à Parlons Épargne constituerait une évolution naturelle. C’est un sujet en discussion avec la direction dans le cadre du plan de développement 2027-2030. 

Maia Andzouana
Rédigé par Maia Andzouana
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En master Manager de la communication à SUP’DE COM, Maia participe à la production et à la diffusion des contenus de The Editorialist. Elle intervient notamment sur les réseaux sociaux, les newsletters et la valorisation des projets de The Editorialist.