Début 2026, Netflix publiait une offre pour un poste de Director of Product & Technology Communications, avec une rémunération pouvant atteindre 775 000 dollars par an. OpenAI recrutait de son côté un Head of Business Communications pour jusqu’à 430 000 dollars, assortis d’actions. Ces montants rémunèrent une compétence précise : construire le récit d’une entreprise, puis le raconter différemment selon qu’on s’adresse à des clients, à des investisseurs, à des régulateurs ou aux équipes.

Les dirigeants qui occuperont ces postes trouveront en interne de quoi produire des contenus, acheter de l’espace publicitaire, briefer la presse ou animer la communication interne. Ce qui leur manquera le plus souvent, ce sont des équipes qui connaissent finement chacun de leurs publics, ou qui ont le temps de les étudier. Multiplier les producteurs de contenus qui déclinent le même message pour tout le monde ne règle rien. Il faut des journalistes spécialisés et des consultants en communication capables d’analyser chaque segment d’audience, puis d’adapter les contenus éditoriaux en conséquence.

Une même histoire, plusieurs lectures

L’Odyssée offre un bon cas d’école. Lorsque Homère compose son épopée, vers le VIIIe siècle avant notre ère, son auditoire y retrouve les valeurs de la Grèce de l’époque, la loyauté et la ruse en tête, pour les célébrer comme pour les interroger. En 2017, l’universitaire britannique Emily Wilson publie la première traduction anglaise du poème signée par une femme. Elle y redonne de l’épaisseur aux personnages féminins et fait des rapports entre genre et pouvoir un fil conducteur. A l’été 2026, L’Odyssée de Christopher Nolan a présenté au public une histoire centrée sur la mémoire et sur le coût psychologique de la guerre pour ceux qui l’ont faite.

Chacun s’est servi de la trame du poème pour faire passer ses propres idées à son public. Une équipe expérimentée de journalistes et de communicants peut procéder de la même manière avec le discours d’une entreprise. À une condition : que ce discours ait été étoffé des éléments qui le rendent singulier et crédible, et qu’il s’appuie sur des données solides et des preuves concrètes. L’équipe peut alors mettre en avant ou en retrait certains de ces éléments selon le public visé. Pour un public, le message clé sera la croissance et l’expansion. Pour un autre, la discipline dans l’allocation du capital. Pour un troisième, le portefeuille de projets d’innovation.

Tout dépend alors de l’équipe externe choisie. Elle doit pouvoir consacrer le temps nécessaire à comprendre un secteur et les tendances de fond qui transforment ses marchés, avec une démarche de journaliste, pour produire des contenus qui intéressent réellement le public concerné.

Trois secteurs, autant de récits

Voici comment un message central se décline dans trois secteurs.

  • Dans le luxe, quand l’héritage constitue le premier argument, le savoir-faire et l’authenticité de la maison doivent porter le message. Certains publics y verront pourtant quelque chose de daté : pour eux, mieux vaut insister sur l’innovation ou l’exclusivité. Le volet durabilité du même récit se lit, lui, différemment selon la géographie. En Europe du Sud, les publics sont souvent plus sensibles à la dimension sociale et humaine de l’engagement. En Europe du Nord, l’argument environnemental pèse davantage.
  • Dans la tech, le récit d’une stratégie IA doit convaincre trois publics qui se recoupent rarement. Les clients veulent de la fiabilité et de la sécurité. Les collaborateurs cherchent du sens et une trajectoire professionnelle crédible. Les régulateurs attendent de la gouvernance et de la transparence, et dans l’Union européenne, où l’AI Act encadre désormais les usages de l’IA, ce troisième public ne peut plus passer en dernier. Ouvrez sur le mauvais angle, et une histoire pourtant exacte sonnera comme du marketing creux, voire comme l’aveu involontaire d’un risque.
  • Dans la santé, enfin, un récit sur l’innovation dans le parcours de soins doit s’ouvrir sur les preuves cliniques face aux financeurs et aux autorités de santé (en France, l’Assurance maladie, les complémentaires et la HAS). Face aux patients, il s’ouvrira sur l’accompagnement et les résultats. Face aux soignants et aux équipes, sur la mission et la résilience : leur première question porte plus souvent sur l’épuisement professionnel que sur les percées scientifiques.

Ne plus avancer à l’aveugle

Comment savoir ce qui fera réagir un marché ? Impossible de se fier à un simple « ressenti » vis-à-vis de son audience, ou de s’en remettre à un message général valable pour tous. Pour savoir réellement quelle dimension fera bouger un marché ou un segment, il faut mener un travail approfondi d’audience intelligence, qui permet de mesurer les points qui pèseront le plus. L’objectif est de savoir par quoi ouvrir pour toucher son audience, avant même qu’un seul contenu soit rédigé.

Agathe Giros, fondatrice et CEO de The Editorialist, détaille cette démarche dans son article Audience intelligence : comment la collecter, l’exploiter et réussir avec elle.

Tirer le meilleur de son playbook grâce à l’IA

Une stratégie de storytelling qui n’existe que dans un deck est présentée une fois aux équipes, puis oubliée dès le troisième lancement sur un marché local. L’outil qui sert au quotidien, c’est le playbook : les grands récits et leurs différentes dimensions, une cartographie de la dimension à privilégier sur chaque marché et pour chaque audience, et une feuille de route qui rattache chaque récit aux canaux et aux temps forts où il doit apparaître.

Cependant, un playbook peut aussi finir au fond d’un dossier partagé. D’où l’intérêt d’en charger une version structurée, lisible par l’IA, dans les outils internes de l’entreprise. Alors l’ensemble des créateurs de contenus au sein de l’entreprise peuvent obtenir une réponse fondée sur le playbook à une question précise, par exemple : quelle facette du récit durabilité mettre en avant auprès des décideurs B2B allemands ? Cela suppose que les équipes aient été formées à utiliser l’IA et le playbook ensemble.

Les prochaines étapes pour organiser sa stratégie

  • Réunir les équipes en atelier pour travailler les idées et les messages clés.
  • Mener une étude d’audience qui montre, marché par marché, quelle dimension de chaque récit mérite d’ouvrir le propos.
  • Identifier les forces et les faiblesses de la marque et de ses messages, pour consolider les premières et traiter les secondes.
  • Une fois ces dimensions arrêtées, construire le playbook, la feuille de route et leur version lisible par l’IA.

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Maia Andzouana
Rédigé par Maia Andzouana
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En master Manager de la communication à SUP’DE COM, Maia participe à la production et à la diffusion des contenus de The Editorialist. Elle intervient notamment sur les réseaux sociaux, les newsletters et la valorisation des projets de The Editorialist.