Comment définiriez-vous ce que vous faites ?
Florian Burnel : Je pense que c’est vraiment hybride, et c’est parfois difficile de me situer. Je n’aime pas trop qu’on me dise que je suis un influenceur, parce que ça fait presque quinze ans que j’ai créé IT-Connect, et à la base, les influenceurs, ça n’existait même pas. L’idée de départ, c’était de partager mes connaissances, mes découvertes, mes expériences, via des articles et des vidéos. Au fil du temps, ça a intéressé du monde, et ça a attiré des marques, des éditeurs. C’est un peu par la force des choses que je suis devenu, entre guillemets « influenceur », mais ce n’était pas du tout l’idée de départ. Quoi qu’il en soit, si j’en suis là, c’est à force de travail et de persévérance.
Comment est né IT-Connect ?
F.Burnel : J’étais étudiant en BTS informatique, et je m’ennuyais un peu en première année. La seule chose vraiment nouvelle pour moi, c’était le développement web. J’ai commencé à créer un premier site, à mettre quelques notes techniques en ligne, un peu comme un passe-temps. Avec un camarade de classe, on a commencé à travailler dessus à deux, et au fur et à mesure que les visites augmentaient, on a structuré les choses : c’est devenu IT-Connect en 2013. On a continué à créer du contenu tout au long de nos études, jusqu’au master. Après nos études, on est partis chacun de notre côté, j’ai pris un emploi en CDI, mais je continuais à travailler sur IT-Connect le soir ou le matin avant de partir. Au bout d’un moment, avec la demande qui augmentait, j’ai décidé de quitter mon emploi pour m’y consacrer, en complétant avec des formations dans des écoles et des prestations en freelance pour les entreprises.
Et la chaîne YouTube ?
F.Burnel : C’est venu vers 2021, un peu sur un coup de tête, en me levant un matin. J’ai pris mon PC et j’ai fait une vidéo sur PowerShell, sans prétention, sans micro adapté, en prenant le sujet en plein milieu. Les gens ont apprécié ma façon d’expliquer, donc j’ai commencé à améliorer les choses progressivement : la qualité du micro, le montage… Il y avait eu quelques vidéos dix ou onze ans plus tôt, de simples extraits sans voix, mais c’est vraiment cette relance en 2021 qui a construit la chaîne. Désormais, la chaîne YouTube comptabilise plus de 500 vidéos.
Comment choisissez-vous vos sujets, et comment répartissez-vous entre article et vidéo ?
F.Burnel : Je suis énormément de sources : des flux RSS, des pages Microsoft pour repérer le moindre changement, des projets qui émergent sur GitHub. Mais aujourd’hui, il m’arrive même de ne pas avoir besoin d’aller chercher l’info : ce sont les créateurs de solutions open source qui viennent me voir directement pour me demander un article ou une vidéo, parce qu’ils savent qu’en parler leur fait de la visibilité. Le plus dur, c’est de prioriser : il y a beaucoup trop de sujets intéressants.
Pour présenter un outil, je fais en général un article et une vidéo, parce que certains préfèrent lire et d’autres regarder mais ça double le travail. J’essaie d’optimiser avec l’IA : je fais la vidéo d’abord, j’en tire une transcription, et je m’en sers de base pour l’article. J’avais sondé ma communauté sur LinkedIn là-dessus : certains préfèrent un format, d’autres trouvent que c’est complémentaire, donc je continue d’alimenter les deux. J’ai aussi commencé, depuis un an et demi environ, à faire des formats courts pour TikTok et Instagram mais ce n’est pas simple, parce que mes vidéos YouTube durent 15 à 20 minutes en format paysage, et condenser ça en une minute au format portrait demande un vrai travail d’adaptation. Aujourd’hui, j’utilise surtout TikTok pour des contenus d’actualité ou pour donner envie d’aller voir la vidéo complète sur YouTube.
Quelle est la place de LinkedIn dans votre stratégie et notamment avec cette double présence entre la page IT-Connect et votre compte personnel ?
F.Burnel : LinkedIn, je ne l’utilise pas vraiment pour du contenu exclusif : c’est surtout pour relayer ce que je crée ailleurs, les articles ou les vidéos. Il y a une histoire derrière cette double présence : il y a quelques années, mon compte personnel recevait sans arrêt des demandes de connexion, donc j’ai créé la page IT-Connect et j’y ai tout publié, en laissant mon compte à l’abandon. Avec le temps, je me suis rendu compte qu’il fallait aussi que je travaille sur ma propre présence parce que si demain IT-Connect est en perte de vitesse, il restera toujours Florian, qui peut continuer à proposer des choses. La page IT-Connect a aujourd’hui + de 150 000 abonnés, mais je publie de plus en plus sur mon compte personnel aussi, parfois en relayant, parfois en décalant les publications entre les deux pour ne pas les faire au même moment.
Qu’est-ce qui vous donne envie d’accepter une collaboration avec une marque ?
F.Burnel : Je filtre énormément. Si la solution ne me plaît pas, je ne me vois pas en parler devant la caméra. Ça, c’est déjà les trois quarts de la décision. Ça dépend beaucoup du budget, aussi. Si ce qu’on me propose n’est pas à la hauteur du travail demandé, je décline et cela peu importe la marque. Je fais toujours en sorte que les contenus sponsorisés restent minoritaires, parce que si tout est sponsorisé, ça n’a plus de sens. Et je demande systématiquement une démo : une heure en visio pour qu’on me montre la solution, que je me forme un minimum dessus. Je ne fais jamais ça à l’aveugle. Si je ne peux pas avoir de démo, je prends le temps de regarder s’il y a déjà des vidéos qui en parlent, je me documente. Même s’il y a de l’argent au bout, c’est plus important pour moi de garder ma crédibilité que de parler de n’importe quoi.
Y a-t-il des pratiques que vous refusez ?
F.Burnel : Récemment, un client voulait un post LinkedIn avec des techniques que je trouve limite malhonnêtes : commenter un mot précis pour recevoir un lien. Je ne supporte pas ce genre de pratique, donc je ne veux pas l’imposer aux personnes qui me suivent. Dans le cas présent, je lui ai dit que ce serait sans moi. Mais, on a fini par faire un post à ma façon : il y a eu moins de commentaires, forcément, parce que les gens ne commentent pas si on ne leur dit pas de le faire, mais je n’aime pas ces techniques de manipulation. Pour autant, les performances étaient bonnes. Mes posts sont simples, je les rédige moi-même. Pour un client, je fais un effort particulier et tout est validé avec lui, mais je ne passe pas une demi-heure à me torturer l’esprit pour tenter de manipuler l’algorithme.
Quel est l’impact business de vos collaborations pour les marques ?
F.Burnel : Certaines marques me disent que c’est bénéfique pour leur image et veulent relancer des collaborations régulièrement. J’ai plusieurs partenaires avec qui je travaille quasiment à l’année : un article par mois, une vidéo par trimestre, ce genre de rythme. D’autres n’ont besoin que d’une seule collaboration, parce que le produit n’évolue pas beaucoup entre-temps, ça ne veut pas dire que ça s’est mal passé. Ma newsletter, elle, n’était pas sponsorisée jusqu’ici : j’ai récemment intégré un espace sponsor comme source de revenus supplémentaire, et mes partenaires historiques ont suivi. Je le vois comme un signe de confiance.
Comment fixez-vous vos tarifs ?
F.Burnel : J’ai un média kit qui résume mes réseaux, le nombre d’abonnés, la cible mais sans tarifs, sauf pour le sponsoring de newsletter, qui est à prix fixe. Pour le reste, la charge de travail varie énormément : présenter une solution peut me prendre une journée ou une semaine selon ce qu’on me demande, et c’est pareil pour les articles, entre une démo technique approfondie et un éditorial plus léger. Je vois surtout de gros écarts de prix pour un travail comparable, parfois du simple au double selon les créateurs. Le marché reste encore mal balisé sur la valorisation du travail éditorial. Parfois, on peut manquer de repères sur certaines demandes.
Quels types de marques travaillent avec vous ?
F.Burnel : C’est assez varié, des grandes entreprises et des PME. Je travaille par exemple avec Synology, TP-Link, Specops Software mais aussi avec Lockself, une société parisienne qui propose un gestionnaire de mots de passe, plutôt côté PME. Il y a aussi une tendance récente : je suis de plus en plus sollicité pour mettre en avant des solutions souveraines, françaises ou européennes, en lien avec le contexte actuel.
