Pouvez-vous présenter votre parcours et vos activités aujourd’hui ?
Richard Michaud : Je suis fondateur d’un groupe qui s’appelle Inside, composé de trois activités. La première, c’est un média, Inside Banking : un podcast dans lequel je reçois tous les quinze jours des dirigeants et des experts de la finance, comme Daniel Baal, Président du Crédit Mutuel et du CIC, ou Stéphane Dedeyan, Président du directoire de la Banque Postale. L’idée, c’est d’apporter du contenu pédagogique sur le secteur financier et l’investissement. Aujourd’hui «Inside Banking » est le podcast leader sur le secteur bancaire.
La deuxième, Inside Training, c’est de la formation en entreprise, de la gestion de budget de base jusqu’à des sujets d’investissement plus complexes, avec l’idée que l’éducation financière est un rôle sociétal que les entreprises doivent porter pour leurs salariés.
La troisième, Inside Circle, une activité de conseil avec un collectif de freelances du secteur financier, sur des projets de transformation, data, IA ou réglementaires.
Quels chiffres donneriez-vous pour situer l’ampleur de votre média ?
R.Michaud : Cinq millions de vues sur les douze derniers mois, et un peu plus de 100 000 écoutes pour le podcast depuis son lancement en 2025.
Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter le conseil pour vous lancer dans la création de contenu ?
R.Michaud : Ma femme est partie quatre mois au Danemark pour son travail, et je ne me voyais pas passer quatre mois sans elle. J’ai pris trois mois de congé sans solde pour me poser, ça m’a fait beaucoup de bien. C’est là que j’ai réalisé que la création de contenu, qui n’était au départ pas du tout pensée comme un business, pouvait le devenir grâce à LinkedIn.
Comment voyez-vous la maturité du marché de l’influence B2B, notamment dans la finance ?
R.Michaud : On est vraiment au début. Des acteurs très prudents comme les banques, qui en étaient très loin il y a encore peu, s’y intéressent davantage mais se posent encore beaucoup de questions. Il y a des enjeux de risque d’image évidents. Mais ils ont compris la logique, et ils ont vu concrètement des marques comme Trade Republic se faire une place sur ce terrain. Les grands groupes mettent du temps à se lancer, mais une fois que c’est parti, ça peut aller vite.
Quels conseils donnez-vous à une marque qui veut se lancer dans l’influence ?
R.Michaud : Il faut d’abord définir son objectif : notoriété ou conversion. Parce que ça détermine toute la stratégie. Pour de la notoriété pure, on va souvent vers du mass market, un très gros créateur. Pour de la conversion, mieux vaut un créateur de niche, dont l’audience correspond vraiment à la cible. Par ailleurs, j’ai vu des marques arrêter leur stratégie d’influence parce qu’elles cherchaient un résultat sur un post isolé, sans construire quelque chose de cohérent dans la durée, avec plusieurs formats coconstruits. Enfin, il faut accepter de ne pas tout contrôler : si la marque dicte le message et que le créateur devient un simple porte-voix, ça ne fonctionne pas, l’audience s’en rend compte.
Vous avez un partenariat avec BNP Paribas. Comment fonctionne-t-il ?
R.Michaud : C’est une série dédiée qu’on a co-construite, Big Trends in Banking. Ce ne sont pas des épisodes classiques de mon podcast, mais une série à part sur l’avenir de la banque. Le premier épisode portait sur l’IA, avec le directeur IT et membre du comex de BNP Paribas ; le deuxième est dédié à la blockchain. Je suis resté dans ma ligne éditoriale, avec des experts qui apportent une vraie valeur sur le sujet, pas de simples porte-parole de la marque. C’est d’ailleurs l’épisode le plus performant de toute la chaîne, tous épisodes confondus.
Comment structurez-vous vos offres et vos tarifs ?
R.Michaud : Je ne fais jamais de pure affiliation. Je considère qu’un podcast, par exemple, est un livrable avec une équipe et un studio derrière, donc je fonctionne au forfait, avec des tarifs dégressifs selon le volume. Je recommande systématiquement du multi-formats : coupler un post LinkedIn, un podcast et une inclusion dans la newsletter fonctionne mieux qu’un format isolé. Sur chaque collaboration, je fais un kick-off, je conçois et rédige moi-même les contenus ; la marque valide, mais ne voit jamais les questions à l’avance, c’est ce qui garantit des échanges authentiques.
Et votre audience, comment est-elle répartie ?
R.Michaud : Majoritairement sur LinkedIn. Ce qui est étonnant, c’est que l’audience se transfère assez mal d’un réseau à l’autre. Je pensais qu’en lançant Instagram et YouTube, les abonnés LinkedIn suivraient, ça n’a pas du tout été le cas. C’est pour ça que je recommande le multi-formats: certains n’écoutent que des podcasts audio, d’autres les consultent uniquement en vidéo, d’autres détestent les newsletters, etc. Le podcast reste mon format le plus fort en engagement, on touche moins de monde, mais une audience beaucoup plus investie, prête à écouter quarante-cinq minutes ou une heure. Ma newsletter compte 15 000 abonnés, avec un taux d’ouverture autour de 50 %.
