Comment définiriez-vous votre activité
aujourd’hui ?
Charlotte Ledoux : C’est un peu multi-facette. Je viens du conseil en data et IA, et j’ai ensuite volé de mes propres ailes, d’abord en freelance, en auto-entrepreneuse. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à créer du contenu sur LinkedIn, sur ma niche : la gouvernance de la donnée et de l’IA. Ce n’était pas du tout planifié, mais ça a pris de l’ampleur sans que je le cherche vraiment. J’ai commencé à poster vers 2021, puis en 2024, j’ai voulu diversifier et j’ai créé ma newsletter sur Substack. Aujourd’hui, je suis passée de freelance à entrepreneure : je me suis associée, on a une activité de consulting et une activité d’acculturation à la data et à l’IA, avec des jeux comme le Chief Data Officer Game. Depuis un an, un an et demi, à mesure que mon audience a grandi, des entreprises du secteur ont commencé à me contacter pour sponsoriser mes posts, co-écrire ma newsletter, ou faire des webinars ensemble. J’essaie de plus en plus de construire des collaborations sur le long terme plutôt que des formats ponctuels. C’est plus solide, pour elles comme pour moi, et plus intéressant en termes de revenus.
Pourquoi avoir lancé une newsletter en plus de LinkedIn ?
Ledoux : LinkedIn, le problème, c’est que ce sont des contenus très courts. On n’a pas vraiment le temps d’apporter de la nuance. J’avais envie de construire une communauté qui m’appartienne davantage. Il y a aussi un côté rassurant avec la newsletter : si demain LinkedIn change son algorithme et que ma visibilité s’effondre, tous les efforts que j’y ai mis ne disparaissent pas. Sur Substack, j’ai les e-mails des gens, donc je suis déjà plus proche d’eux, et il y a aussi une fonction de chat avec la communauté où je fais des Q&A. J’essaie d’être dans une interaction plus directe.
LinkedIn et Substack, ça vous apporte des choses différentes ?
Ledoux : Je pense que ça se recoupe beaucoup : la majeure partie de mes abonnés Substack viennent de LinkedIn. Mais je remarque aussi que beaucoup de gens commencent à se lasser de LinkedIn. C’est devenu une course à qui a le plus gros post, il y a de plus en plus de publicité, et beaucoup de contenus générés par IA. Substack reste un endroit un peu plus discret, presque comme l’internet d’il y a dix ans : moins de pub, des écrits plus sincères. Aujourd’hui, quand je fais des collaborations avec des marques, elles sont autant intéressées par mon LinkedIn que par ma newsletter, ce qui me permet de faire des combinaisons qui n’étaient pas possibles avant. Au tout début, je vendais un post LinkedIn 500€, et ça s’arrêtait là. Aujourd’hui, ça me permet d’aller beaucoup plus loin.
Pourquoi être passée du français à l’anglais pour votre newsletter ?
Ledoux : Au départ, j’écrivais en français, c’était plus naturel pour moi. Mais au bout de deux ou trois newsletters, j’avais beaucoup de messages de gens qui me demandaient une version en anglais parce que leur entreprise était internationale et qu’ils voulaient partager mes articles avec des équipes à l’autre bout du monde. Après quelques messages comme ça, je me suis dit que je n’allais pas me fatiguer à faire deux versions à chaque fois, donc je suis repassée à l’anglais. Ça correspond d’ailleurs à mon audience réelle : le premier pays, ce sont les États-Unis, la France arrive en deuxième position.
Concrètement, quel est l’impact business de cette prise de parole ?
Ledoux : Je dis souvent à des confrères freelances qui galèrent à trouver des clients que ça me surprend, parce que moi, j’ai une liste d’attente. Je ne fais aucune prospection : mon LinkedIn et ma newsletter, c’est ma prospection. Je n’ai jamais eu besoin d’envoyer un message pour dire que j’étais disponible pour une mission.
Comment gérez-vous les collaborations avec les marques ?
Ledoux : Au tout début, je laissais beaucoup venir, je laissais les marques proposer. Je me suis rendu compte que ce n’était pas la meilleure approche, ni pour elles ni pour mon audience, parce qu’une marque a tendance à pousser sa vision, ses produits, ses offres, sans forcément s’adapter à l’audience. Maintenant, c’est l’inverse : elles m’expliquent leur solution, et c’est moi qui propose les formats, les types de contenu, les visuels et ça, avec ma patte, plutôt que leur logo et leur charte graphique. Ça marche beaucoup mieux comme ça, donc je suis devenue beaucoup plus force de proposition.
Vous arrive-t-il de refuser des partenariats ?
Ledoux : Oui, bien sûr. Soit parce que je trouve que c’est trop éloigné de mon secteur et de mon audience, ça deviendrait un panneau publicitaire plutôt qu’un contenu qui a de l’intérêt. Soit sur le prix : si une marque veut diviser mon tarif par trois, je leur dis de revenir quand elles auront le budget. Ce n’est pas juste un post, c’est un contenu réfléchi qui a de l’impact. Aujourd’hui, vu mon audience, j’ai plus d’impact que la page de n’importe quelle entreprise. Donc ce n’est pas gratuit.
Comment voyez-vous évoluer cet écosystème de créateurs B2B ?
Ledoux : Je pense que ça bouge surtout à l’échelle internationale. J’échange avec d’autres créateurs et on se retrouve sur les mêmes types de collaborations. En France, sur mon sujet spécifiquement, j’ai l’impression d’être quasiment la seule à faire ça pour l’instant, et beaucoup de mes contrats viennent d’entreprises qui ne sont pas françaises. Je pense être au tout début de la vague.
Vous avez aussi une casquette d’entrepreneure avec Make Tools. Y a-t-il des ponts entre cette activité et vos partenariats de marque ?
Ledoux : L’année dernière, avec mon associé, on a créé un petit jeu pour acculturer les gens au rôle de Chief Data Officer. On l’avait fait au départ simplement parce qu’on trouvait ça fun. Aujourd’hui, ce jeu est sponsorisé par Salesforce, qui l’utilise sur des salons et des événements. C’est une production Make Tools qui a trouvé son client comme ça, sans qu’on l’ait vraiment cherché.
